Les orphelins des Malgré-Nous furent-ils oubliés ou méprisés ?

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A cette question fondamentale il est urgent de répondre en interrogeant l’histoire de notre région ? Les Incorporés de Force qui ont eu la chance de rentrer au pays, ont mis du temps pour reprendre leurs esprits et leur santé gravement dégradés pour la majorité d’entre eux. Le Maréchal de Lattre de Tassigny avait compris qu’il leur faudrait s’organiser pour leur défense et sur ses conseils, le général Touze du Vigier leur offrit son parrainage pour créer les associations ADEIF de Bas-Rhin et du Haut-Rhin. Les revendications des survivants dont la santé avait été affectée durement furent entendues, mais quand ils réclamaient leur légitime indemnisation aux représentants de l’Etat Français, la réponse du Ministre Jacques Chaban Delmas fut à l’image de la France d’après-guerre. Il n’était pas prévu de reconnaître le statut de victimes à ceux qui sont revenus de l’enfer, encore moins à ceux qui sont restés là-bas. Les Incorporés de Force sous la contrainte mortelle envers leurs parents, leurs veuves et leurs orphelins furent oubliés voire méprisés, contraints de rentrer dans le moule républicain pour cacher l’inavouable abandon de leur province et de ses habitants. Donnés en pâture à l’occupant nazi, on avait espéré que la voracité du monstre se calmerait, laissant une marge de manœuvre au gouvernement de Vichy (bien mal lui en pris). La France en 1870 sous l’autorité de Gambetta, réalisait un précédent en abandonnant 60 000 Bretons du camp de Conlie. Désarmés, malades, mal nourris, piétinant dans la boue ils furent exterminés sans pitié par les prussiens.

Au lendemain de la guerre il fut difficile de revendiquer des dédommagements à la RFA. En 1960 la RFA versait 600 millions de DM à la France pour dommages de guerre, rien ne fut prévu pour les victimes des départements de l’Est. Quand les accords de 1981 furent signés pour favoriser « l’Entente Franco-Allemande » rien ne fut prévu pour les orphelins des Malgré Nous. Quand les décrets de 2000 et 2004 furent signés pour indemniser les orphelins des juifs et des résistants, les orphelins des Incorporés de Force en furent exclus. Ce n’est pas la RFA qui mit la main à la poche et pour cause, les auteurs des déportations étaient français, Papon, Bousquet et les autres avaient donné ordre à la gendarmerie et à la police française de rafler les juifs étrangers enfants y compris, de les charger dans les wagons de bestiaux direction les territoires de l’Est. . . L’un comme l’autre fut recyclé après-guerre, l’un comme ministre, l’autre comme directeur de la Banque d’Indochine.

A notre question adressée au Ministère en juillet 2019 : « les orphelins des Incorporés de Force ont-ils bénéficié d’une pension ou d’une aide régulière par le gouvernement Français ? » Réponse du Ministre en octobre 2019: « Il n’existe pas à proprement parler de dispositions permettant d’indemniser les orphelins des incorporés de force dans l’armée allemande ».  

Voilà pourquoi nous nous adressons aujourd’hui à l’Allemagne pour réclamer notre pretium doloris, face à ce crime contre l’humanité commis contre nos pères, des civils français protégés par les accords de la Haye et le Traité de Versailles. En dépit de ces accords qui interdisaient aux états de recruter parmi les civils des pays vaincus, nos pères ont été entraînés vers une mort certaine à la place des allemands de souche. Un crime contre l’humanité qui fut commis en Alsace Moselle sous une chappe de plomb et sous la contrainte mortelle de la Sippenhaft. En 2019 qui a connaissance au-delà de la ligne des Vosges, des 500 exécutions de réfractaires, prononcées par les tribunaux d’exception nazis et des familles entières de déserteurs et de réfractaires déportées. La sélection raciale de l’incorporation de force seuls les « Volksdeutsche » furent contraints à l’Incorporation de Force. Le ministère avait accordé le statut de « Déportés Militaires » aux revenants, mais il fut rapidement suspendu. La France politique, notre patrie a bien du mal à nous défendre et à reconnaître notre statut de victimes à part entière. 

Nous revendiquons une indemnisation à égalité avec le Bundesentschädigungsgesetz ainsi que le Bundesfürsorgegesetz en vigueur en RFA, qui avait indemnisé les orphelins jusqu’à la 18e année et 27 ans pour ceux qui faisaient des études. Une loi qui de surcroît indemnise ses affidés et ses volontaires étrangers encore en vie ? à l’image des divisions Charlemagne, la LVF, la Légion Azul, la Légion Condor et d’autres formations. Vingt-Cinq plaintes pour crimes contre l’humanité sont déposées sur les bureaux des Procureurs de la République Française, faisons confiance à la justice de notre pays en attendant qu’une enquête soit menée.

Le Président de l’OPMNAM et son comité.